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André Lejeune

André Lajeunesse, de son vrai nom, est né en 1935 à Sainte-Anne-de-Bellevue. Dès 7 ans, il chante des airs d'opéra, donne plusieurs concerts et fait même des voix d’enfant à Radio-Canada, et ce, jusqu’à 14 ans. La nature suivant son cours, sa voix d’or mue. À 14 ans, André Lejeune apprend la guitare et se met à composer.
En 1956, âgé d'à peine 18 ans, il lance son tout premier 45 tours avec la maison de disques Vedettes. Le disque présente les chansons « Près de mon église » et « Prétends que tu es heureux ». Cette dernière connaît un énorme succès.
En 1956, Lejeune commence à entendre du rockabilly à la radio, un style qui lui plaît particulièrement. Il adore Jerry Lee Lewis, surnommé le Killer. Donc, après avoir manqué son spectacle à Montréal, où il s’est produit au théâtre Séville, André Lejeune et son frère Paul décident de se rendre à New York pour le voir en concert.
Ils se rendent donc au Paramount Theatre de Brooklyn où Jerry Lee Lewis doit donner son concert. André Lejeune raconte que, durant son concert, Jerry Lee Lewis présente un jeune musicien du Tennessee à la foule. Son nom : Elvis Presley. Ce dernier interprète une version jamais entendue de la chanson « Hound Dog », puis retourne en coulisse. Après le concert, Paul, le frère d’André, trouve un stratagème pour les faire entrer en coulisse. Ils y rencontrent Jerry Lee Lewis ainsi qu’un jeune Elvis Presley timide et poli qui, adossé à un mur, leur répond, sans rien d’autre, « Thankyouverymuch » après avoir été félicité pour sa prestation.
Dans la voiture, au retour de New York, André Lejeune décide qu’il chantera lui aussi du rock’n’roll.
C’est ainsi qu’il écrit et compose « Qu’est-ce que le rock’n’roll », une des pierres angulaires du rock’n’roll québécois, en 1957. Dans ce morceau, il tente d’expliquer à son public ce qu’est le rock’n’roll. Ce rock’n’roll bien de chez nous lui vaudra le surnom d’« Elvis Presley canadien‑français ». Lejeune a tout ce qu’il faut pour réussir dans le monde du rock’n’roll : l’apparence, l’attitude et le talent musical.
Aux dires d’André Lejeune, à ce moment de l’histoire du Québec, l’interprétation du rock’n’roll était encore un phénomène marginal. Le public qui avait aimé sa ballade « Prétends que tu es heureux » ne le suit pas vraiment sur sa nouvelle trajectoire. Mais les jeunes et les stations de radios embarquent certainement. André Lejeune estime les ventes de « Qu’est-ce que le rock’n’roll » à près de 100 000 exemplaires, ce qui en fait un succès considérable.
Toujours en 1957, André Lejeune connaît un immense succès avec sa ballade« Une promesse ». Il est de nouveau propulsé au sommet des palmarès. Fait peu connu : Lejeune considère que la grande vedette Paul Anka a plagié sa chanson, au point où il poursuit ce dernier en justice en 1957et gagne sa cause! André Lejeune remporte également un grand succès lorsqu’il se produit en France en 1958.
En 1959, André Lejeune revient à l’attaque avec la chanson rock’n’roll « La fin de semaine », qui devient un des succès les plus importants de l’année : elle se classe en quatrième position du palmarès canadien de CJMS, selon la revue Dis-Q-Ton de janvier 1960. On ajoute des cris de jeunes filles au début de la pièce pour créer un effet de concert rock’n’roll enregistré en direct. La chanson demeure dans la même veine que ses deux premiers morceaux rock, « Qu’est-ce que le rock’n’roll » et « Reviens » : les bop‑a‑doo‑da‑doo de la voix retentissent sur un rythme endiablé!
André Lejeune dit avoir été inspiré par plusieurs styles musicaux : le swing, la musique des Big Bands, le jazz, le scat, le blues, la chanson, etc. C’est le mélange de ces styles et d’un fort penchant pour les rythmes dansants qui a donné son rock’n’roll, unique au Québec et au monde.
André Lejeune apprend rapidement à gérer sa propre carrière. Son père, imprimeur de profession, connaît bien la question du droit d’auteur. C’est lui qui prend les dispositions nécessaires auprès de la grande organisation de collecte des droits d'auteur BMI (Broadcast Music Incorporated) pour que les droits de son fils soient respectés. André Lejeune lance aussi sa propre maison de disques. L’artiste décide de ne pas se joindre à une troupe afin d’être embauché pour son propre talent. Il fera toujours les choses à sa manière, faisant preuve d’une indépendance exemplaire. Il porte à la fois le chapeau de chanteur rock’n’roll et celui de chansonnier.
Au début des années 60, lorsque le rock’n’roll s’épuise, André Lejeune réoriente sa carrière vers la chanson. Il ouvre même, en 1964, sa propre boîte à chanson, La Clef de sol d’où il anime une émission sur les ondes de CKLM. Des artistes tels que Gilles Vigneault, François Dompierre et Jean‑Pierre Ferland s’y produisent à leurs débuts. En 1964, il se produit en première partie de Charles Aznavour lors d’une tournée en France. De 1974 à 1978, il anime l’émission de télévision folklorique À la canadienne sur les ondes de CFTM. Aujourd’hui, André Lejeune est surtout connu pour sa carrière en chanson folklorique.
Par Félix B.Desfossés

