Musique en feuilles

 

HOW MUSIC WORKS

Un livre de David Byrne

 

 

L’ex-Talking Heads a finalement réussi à écrire le livre sur lequel il a travaillé depuis plus de 20 ans, par petits bouts (publiant 2 autres livres entretemps) et sur lequel il a beaucoup réfléchi. Ne voulant pas faire une simple autobiographie ou un livre théorique sur la musique, il s’est servi de sa carrière et de ses expériences pour amener les sujets vers une analyse plus globale de la musique, de sa signification pour le commun des mortels et des élites, de l’évolution de la musique populaire versus la musique classique, de son industrie et de sa place dans le monde, et même dans l’univers.

 

Ce n’est pas un livre qui se lit d’un coup, on doit se donner le temps d’absorber les informations et de réfléchir aux exemples apportés par Byrne pour illustrer son propos. Car au-delà de la théorie, il peut compter sur une longue expérience du milieu pour appuyer ses constatations, son parcours atypique lui ayant permis de connaitre une carrière dans différentes sphères, tant punk que commerciale ou internationale. Que ce soit sur la nouvelle donne provoquée par l’internet ou de l’importance d’une salle de spectacle comme le CBGB et des raisons qui ont fait son succès, en allant jusqu’à la place qu’occupe l’apprentissage de la musique dans différentes parties du monde, Byrne va au-delà de ce que son titre peut impliquer et replace la musique dans son contexte, c’est-à-dire dans pratiquement tous les aspects de la vie, du début de l’univers à aujourd’hui.

 

Chacun y trouveront un peu de ce qu’ils recherchent, que ce soit un aperçu de la carrière de David Byrne, de la commercialisation de la musique, de l’importance de la musique amateur et même des analyses de Pythagore et Galilée sur la musicalité de l’univers. Le tout avec un ton où on sent avant tout l’amour que Byrne porte à son sujet, un ton qui invite à la lecture et surtout à la réflexion. Notre vision de la musique et de son histoire s’en trouvera inévitablement altérée mais de façon positive, ramenant même un certain optimisme quant à son avenir dans une période où les plus réalistes ne peuvent s’empêcher de voir les nuages gris qui la survolent. Byrne a su remettre les choses en perspective et on lui en est reconnaissants.

 

 

Perfect Youth

The birth of the canadian punk

Sam Sutherland / ECW Press

 

Survol passionné des premiers balbutiements punk canadien, Perfect Youth est pour plusieurs le premier hommage dont leur groupe de l’époque aura fait l’objet et peut-être le dernier aussi. Chaque ville avec une scène  punk à l’époque, aussi minime soit-elle, est évoqué par Sutherland, avec une inclinaison naturelle pour celle de Toronto, de par ses groupes qui auront donné vie au mouvement musical punk au Canada comme The Viletones ou Teenage Head, en imposant le ton et insufflant l’impulsion au punk canadien d’un océan à l’autre. Un inestimable apport à un style musical qui fut à un certain moment une inspiration pour les punks américains, comme le veut l’exemple de D.O.A. à qui on s’accorde pour donner les titres de paternité du terme « Hardcore » et du style musical qui en découle.

 

La scène de Montréal est bien entendu évoquée, tout tournant inévitablement autour du 364 St-Paul, cette fois avec une ligne narrative qui donne une juste mesure de l’épopée, particulièrement par sa brièveté et les circonstances qui ont donné naissance à ce lieu mythique. Les groupes aux premières lignes comme The Normals, 222’s et The Chromosomes sont également présents et profitent eux-aussi de la narration qui élabore un peu plus sur ce qu’on croyait savoir, en laissant beaucoup de place aux extraits d’entrevues.

 

Un ajout pertinent dans la recension de la musique au Canada et dans le monde, Perfect Youth brosse aussi un portrait d’un moment particulier de l’évolution du rock’n’roll au Canada, un moment charnière qui allait fortement influer sur la suite des choses pour les groupes, le public et l’industrie pour les décennies suivantes, une influence qui perdure encore aujourd’hui, malgré tout.  L’espoir du fabuleux, pour tous, peu importe d’où tu viens, même si ça ne dure que 5 minutes, même si ça n’arrive jamais, au moins t’aura essayé. Le punk au Canada fut une chimère nécessaire pour pousser le rock en avant. Ses combattants ont succombés, se sont rendus ou ont gagnés, mais tous peuvent s’abroger un peu de gloire de cette époque de précurseurs,  grâce au compte-rendu passionné et du travail de longue haleine de Sam Sutherland.

Articles

André Lejeune

 

André Lajeunesse, de son vrai nom, est né en 1935 à Sainte-Anne-de-Bellevue. Dès 7 ans, il chante des airs d'opéra, donne plusieurs concerts et fait même des voix d’enfant à Radio-Canada, et ce, jusqu’à 14 ans. La nature suivant son cours, sa voix d’or mue. À 14 ans, André Lejeune apprend la guitare et se met à composer.

 

En 1956, âgé d'à peine 18 ans, il lance son tout premier 45 tours avec la maison de disques Vedettes. Le disque présente les chansons « Près de mon église » et « Prétends que tu es heureux ». Cette dernière connaît un énorme succès.

 

En 1956, Lejeune commence à entendre du rockabilly à la radio, un style qui lui plaît particulièrement. Il adore Jerry Lee Lewis, surnommé le Killer. Donc, après avoir manqué son spectacle à Montréal, où il s’est produit au théâtre Séville, André Lejeune et son frère Paul décident de se rendre à New York pour le voir en concert.

 

Ils se rendent donc au Paramount Theatre de Brooklyn où Jerry Lee Lewis doit donner son concert. André Lejeune raconte que, durant son concert, Jerry Lee Lewis présente un jeune musicien du Tennessee à la foule. Son nom : Elvis Presley. Ce dernier interprète une version jamais entendue de la chanson « Hound Dog », puis retourne en coulisse. Après le concert, Paul, le frère d’André, trouve un stratagème pour les faire entrer en coulisse. Ils y rencontrent Jerry Lee Lewis ainsi qu’un jeune Elvis Presley timide et poli qui, adossé à un mur, leur répond, sans rien d’autre, « Thankyouverymuch » après avoir été félicité pour sa prestation.

 

Dans la voiture, au retour de New York, André Lejeune décide qu’il chantera lui aussi du rock’n’roll.

 

C’est ainsi qu’il écrit et compose « Qu’est-ce que le rock’n’roll », une des pierres angulaires du rock’n’roll québécois, en 1957. Dans ce morceau, il tente d’expliquer à son public ce qu’est le rock’n’roll. Ce rock’n’roll bien de chez nous lui vaudra le surnom d’« Elvis Presley canadien‑français ». Lejeune a tout ce qu’il faut pour réussir dans le monde du rock’n’roll : l’apparence, l’attitude et le talent musical.

 

Aux dires d’André Lejeune, à ce moment de l’histoire du Québec, l’interprétation du rock’n’roll était encore un phénomène marginal. Le public qui avait aimé sa ballade « Prétends que tu es heureux » ne le suit pas vraiment sur sa nouvelle trajectoire. Mais les jeunes et les stations de radios embarquent certainement. André Lejeune estime les ventes de « Qu’est-ce que le rock’n’roll » à près de 100 000 exemplaires, ce qui en fait un succès considérable.

 

Toujours en 1957, André Lejeune connaît un immense succès avec sa ballade« Une promesse ». Il est de nouveau propulsé au sommet des palmarès. Fait peu connu : Lejeune considère que la grande vedette Paul Anka a plagié sa chanson, au point où il poursuit ce dernier en justice en 1957et gagne sa cause! André Lejeune remporte également un grand succès lorsqu’il se produit en France en 1958.

 

En 1959, André Lejeune revient à l’attaque avec la chanson rock’n’roll « La fin de semaine », qui devient un des succès les plus importants de l’année : elle se classe en quatrième position du palmarès canadien de CJMS, selon la revue Dis-Q-Ton de janvier 1960. On ajoute des cris de jeunes filles au début de la pièce pour créer un effet de concert rock’n’roll enregistré en direct. La chanson demeure dans la même veine que ses deux premiers  morceaux rock, « Qu’est-ce que le rock’n’roll » et « Reviens » : les bop‑a‑doo‑da‑doo de la voix retentissent sur un rythme endiablé!

 

André Lejeune dit avoir été inspiré par plusieurs styles musicaux : le swing, la musique des Big Bands, le jazz, le scat, le blues, la chanson, etc. C’est le mélange de ces styles  et d’un fort penchant pour les rythmes dansants qui a donné son rock’n’roll, unique au Québec et au monde.

 

André Lejeune apprend rapidement à gérer sa propre carrière. Son père, imprimeur de profession, connaît bien la question du droit d’auteur. C’est lui qui prend les dispositions nécessaires auprès de la grande organisation de collecte des droits d'auteur BMI (Broadcast Music Incorporated) pour que les droits de son fils soient respectés. André Lejeune lance aussi sa propre maison de disques. L’artiste décide de ne pas se joindre à une troupe afin d’être embauché  pour son propre talent. Il fera toujours les choses à sa manière, faisant preuve d’une indépendance exemplaire. Il porte à la fois le chapeau de chanteur rock’n’roll et celui de chansonnier.

 

Au début des années 60, lorsque le rock’n’roll s’épuise, André Lejeune réoriente sa carrière vers la chanson. Il ouvre même, en 1964, sa propre boîte à chanson, La Clef de sol d’où il anime une émission sur les ondes de CKLM. Des artistes tels que Gilles Vigneault, François Dompierre et Jean‑Pierre Ferland s’y produisent à leurs débuts. En 1964, il se produit en première partie de Charles Aznavour lors d’une tournée en France. De 1974 à 1978, il anime l’émission de télévision folklorique À la canadienne sur les ondes de CFTM. Aujourd’hui, André Lejeune est surtout connu pour sa carrière en chanson folklorique.

 

Par Félix B.Desfossés

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